La spécialisation Master Creative & Cultural Industries Management fait le pari de rapprocher les mondes du management, de l’art et de la culture, en formant des leaders hybrides, capables de s’adapter aux mutations des entreprises culturelles à l’heure du digital pour fournir des résultats positifs.
Dans une tribune parue dans le Monde des Grandes Écoles, Laurent Aléonard, directeur académique de l’EMLV, fait le point sur les évolutions de ces deux univers – culture et management – dans le but de livrer de nouvelles interpretations pour tenter de résoudre certaines mises en tension entre le monde de la création et celui de l’entreprise.
Laurent Aléonard, directeur académique à l’EMLV
La culture n’a jamais suscité autant d’attentes libératrices dans une société post-Covid à la recherche de sens et de nouvelles valeurs. Corollairement, les activités artistiques et culturelles sont de plus en plus soumises à l’exigence de performance et de retour sur investissement des bailleurs de fonds, publics et privés. Alors que tout se gère désormais (famille, éducation, santé, émotions), la culture est-elle le dernier bastion à céder au « management » ?
La récente étude prospective du ministère du Travail souligne une tendance à la « professionnalisation » des activités, que ce soit dans l’audiovisuel, le spectacle vivant, les médias, le patrimoine, ou encore l’édition, l’art, l’architecture et le design.
Le niveau d’études des recrutés s’y allonge, et les diplômés de l’enseignement supérieur occuperont une part prépondérante des emplois que la pandémie n’aura pas détruits.
La simple consultation d’un site spécialisé (www.profilculture.com) atteste la part croissante, outre du digital, des fonctions commerciales, d’encadrement et de gestion dans les offres d’emplois pérennes des secteurs artistiques et culturels.
Cette évolution du marché de l’emploi va-t-elle raviver et remettre au goût du jour l’antagonisme entre culture et industrie, art et management, créativité et gestion, dont la fameuse formule de Malraux avait tenté la synthèse : « le cinéma est un art, et par ailleurs c’est une industrie ».
Dans ses travaux sur les philosophies du management, notre collègue Jean-Etienne Joullié évoque la dualité de l’art, telle que pensée par Nietzsche : l’art apollinien porte sur les formes, la retenue, le respect des normes, tandis que l’art dionysiaque n’est que contenu, énergie débridée et vie.
Le premier trace le chemin vers la lumière, le second explore l’obscurité du « cœur des choses ».
Les tragédiens grecs ont sublimé le terrible art dionysiaque par les moyens de l’art apollinien (chants, danse et musique), opérant ainsi l’hybridation du terrifiant et de l’agréable, de l’enivrant et du contrôle ! Mais le rationalisme socratique a fini par imposer le primat de la vérité et de la raison sur l’expression artistique authentique.
Bien sûr, tout semble opposer l’hyper-rationalité managériale à la liberté créatrice. Comme le résume le sociologue De Gaulejac :
« Le management se présente comme l’art [sic] de gouverner les hommes et les choses : aménager et ménager d’un côté, ordonner et ranger de l’autre ».
Et Le Goff d’ajouter qu’inspiré par les théories néo-behavioristes américaines, le management tend à réduire l’être humain à quelques mécanismes élémentaires. Mais c’est sans compter avec le facteur humain, « facteur décidément rebelle à entrer dans les moules et les codifications ».
Plutôt que de méthode, le management est d’abord affaire de relations humaines, de confrontations avec les réalités, d’expérimentations et d’apprentissages.
Le management s’exerce au prix d’une ouverture d’esprit permettant, selon Le Goff, « de se décentrer et de comprendre les réactions des uns et des autres avant de les juger ».
Ces conditions révèlent un management tout simplement éthique, maintenant la bonne distance entre la carte du manager et le territoire de l’acteur, entre le besoin d’objectivation et de formalisation, et celui de la recherche et de la création.
Du même auteur, « capacité à apprendre par soi-même, intelligence des situations complexes, mais aussi capacité à démontrer, à argumenter, à construire et tester des solutions, voilà autant de compétences que leurs futurs employeurs attendent des diplômés d’écoles de commerce. «
C’est donc cet équilibre sans cesse mouvant que le management de l’art et de la culture va devoir exercer. Nous avons pu assister çà et là à une véritable mainmise de gestionnaires et de financiers sur quelques secteurs « porteurs » de l’industrie culturelle (les studios hollywoodiens par exemple), au risque d’assécher la création (dont quelques grands noms, Scorsese, Campion, ont trouvé refuge chez Netflix !) A quand des managers à la culture et aux compétences hybrides, qui traceront la ligne de crête des tragédiens grecs ?
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